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Bonnes feuilles : « Des bombes en Polynésie »

Par Sarah Journée

Publié le 6 avril 2022 Bonnes feuilles : « Des bombes en Polynésie » Renaud Meltz, Université de Haute-Alsace (UHA) De 1966 à 1996, à partir de la présidence du général de Gaulle et jusqu’à celle de Jacques Chirac, 193 essais nucléaires sont conduits en Polynésie française dans les atolls de Fangataufa et Moruroa. Des bombes bien plus puissantes que celle d’Hiroshima y seront tirées, bouleversant les vies des Polynésiens et des écosystèmes. Sous la direction de Renaud Meltz et d’Alexis Vrignon, l’ouvrage « Des bombes en Polynésie » réunit les contributions d’une quinzaine de chercheurs de différentes disciplines (historiens, géographes, anthropologues) pour revenir sur un épisode dramatique et longtemps gardé secret de notre histoire récente. L’ouvrage paraît ce jeudi 7 avril 2022 aux Éditions Vendémaire, nous en publions de bonnes feuilles extraites du premier chapitre.   Pourquoi la Polynésie ? Qui a choisi la Polynésie pour tester les engins nucléaires français et selon quels critères ? Le processus n’obéit pas à la logique linéaire qu’il est tentant de rationaliser a posteriori. D’autres possibilités ont été envisagées. Les décideurs invoquent plusieurs éléments déterminants, parfois contradictoires. La qualité des mesures, la sûreté sanitaire et la logique financière ne cohabitent pas harmonieusement : l’isolement et la décontamination ont un coût logistique, financier et temporel. La pondération de ces exigences reste une opération subjective, réalisée par quelques acteurs aux mobiles divers. La capacité à concevoir et à réaliser le meilleur site d’essais possible est contrainte par la limite des connaissances : les savoirs sur les conséquences sanitaires des essais évoluent rapidement ; leur diffusion oblige à des précautions qui retardent la mise au point de la bombe. Les intérêts ne sont pas toujours convergents entre les civils du CEA, qui conçoivent les engins, et les militaires, qui ont la main sur le choix et l’aménagement du site. Leur rationalité n’est pas absolue, enfin : mus par une volonté unanime mais diverse de servir les intérêts de l’État, ils sont traversés d’émotions et de représentations. Le charme de la vahiné parasite la rationalité de la décision, face à l’austérité des Kerguelen…   Qui sont ces décideurs, quels sont leurs critères ? L’armée publicise ces derniers deux ans après le choix de la Polynésie dans la Revue de défense nationale de l’été 1964. Ils combinent exigences de sûreté (maîtrise des aléas naturels et du risque technologique), de sécurité (capacité à prévenir des actions malveillantes) et de faisabilité logistique. Six mois avant la reconnaissance du général Thiry dans le Pacifique, le chef d’État-major général de la Défense nationale avait défini peu ou prou les mêmes attentes : sûreté, sécurité (« possibilité de définir des zones interdites ou réglementées à l’écart des grands courants de circulation ») et ressources logistiques : « proche support d’un port équipé et d’un pays disposant de ressources pour la base-vie ». Après sa reconnaissance, le général Thiry justifie sa préférence pour Moruroa suivant ces trois critères. Sûreté : « démographie du site et de ses environs », « météorologie ». Sécurité : « indépendance et sûreté des communications avec la métropole », « pas de voisinage étranger à moins de 330 milles ». Faisabilité logistique : « possibilité de construire une piste d’envol de 1800 mètres », « possibilité d’installer une base-vie ou de trouver des mouillages (lagon) ». Mais ces critères se divisent en exigences contradictoires selon les besoins politiques du moment : la nature de l’explosif (bombe A puis H), la puissance du tir (jusqu’à la mégatonne), l’acceptabilité des retombées, dans un contexte international mouvant. En 1957, la France cherche un site pour tirer des bombes A de faible puissance (moins de 100 kilotonnes), en aérien. Ce sera Reggane, en Algérie. Dès 1959, les militaires cherchent un nouveau polygone de tir pour des explosions souterraines, les autres puissances nucléaires ayant décidé en novembre 1958 un moratoire sur les tirs atmosphériques (en 1963 les signataires des accords de Moscou s’interdisent les essais aériens). Ce sera In Ecker, toujours en Algérie, pour des tirs en galeries horizontales, creusées dans le massif du Hoggar. Un an plus tard, en 1960, la volonté du général de Gaulle de réaliser au plus vite des essais de bombe à fusion oblige à chercher un troisième emplacement. Les incidents à répétition des essais en galerie, pour des explosions inférieures à 150 kilotonnes, conduisent les militaires à chercher un site aérien, aussi isolé que possible, pour des tirs mégatonniques. Cette instabilité des besoins explique que les militaires aient ciblé différentes régions : Landes, Massif central, Corse, massifs alpins, territoires ultramarins. Le nomadisme nucléaire participe de la difficulté à reconstituer les processus de décision ; il n’atteste pas une légèreté brouillonne. Au Conseil de défense qui décide des premières dépenses pour équiper Moruroa, de Gaulle pose solennellement la question : « En votre âme et conscience, est-ce que ce site vous paraît devoir être satisfaisant et sur quels éléments d’appréciation vous basez-vous ? » Puis : « Est-ce que l’atoll lui-même, la mer qui est autour, les distances des autres îles, répondent bien à tout ce qui est estimé nécessaire et aux besoins imprévus ? ».   À qui s’adresse de Gaulle ? Les décideurs sont peu nombreux, les acteurs innombrables. Trois membres du gouvernement et le président de la République ont choisi la Polynésie, à croire Messmer. Dans ses Mémoires, l’ancien ministre de la Défense s’attribue la décision, avec le ministre de tutelle du CEA et le Premier ministre : « Après une visite sur place avec Gaston Palewski, je fais approuver par le général de Gaulle et Georges Pompidou le choix de deux atolls, Mururoa [sic] et Fangataufa, dans l’archipel des Tuamotu. » Ces quatre hommes ne sont pas seuls. Le Parlement est saisi indirectement en votant le financement de la force de frappe ; l’opinion publique pèse et s’inquiète de la localisation des polygones de tir et des effets sanitaires des essais. Les Corses font obstacle au projet d’installations sur leur île, dont ils ont appris l’existence ; les élus calédoniens font tout pour éloigner le calice ; les élites polynésiennes, moins intégrées aux cercles du pouvoir parisien, n’anticipent pas la menace. Entre l’opinion et le décideur il faut aussi compter quelques grands commis de l’État : le directeur des Applications militaires du CEA, les diplomates qui s’inquiètent d’essais riverains de Madagascar…

Vit-on vraiment le retour des années 1930 ?

Par Sarah Journée

Publié le 29 novembre 2021 Vit-on vraiment le retour des années 1930 ? Renaud Meltz, Université de Haute-Alsace (UHA) « Je mesure la droitisation des esprits, ce danger qui progresse depuis des années : on ne peut pas s’empêcher de penser à l’avant-guerre ». Annie Ernaux, dans cet entretien accordé au Nouvel Obs, croit reconnaître les années 1930, pour le pire, dans le visage incertain du monde qui se reconfigure 30 ans après l’espoir d’une « fin de l’histoire » marquée par le triomphe de la démocratie libérale sur le bloc soviétique. Les publicistes sont saisis par l’effroi de l’éternel retour. En 2014, l’universitaire Philippe Corcuff publie Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard. En 2017, Farid Abdelouahab et Pascal Blanchard s’inquiètent : Les Années 30. Et si l’histoire recommençait ? La quatrième de couverture assume la réduction du raisonnement analogique à la répétition : « Notre présent apparaît comme un fascinant écho de ces années 30 ».   La hantise de la répétition Le philosophe Michaël Foessel relit le passé à partir des préoccupations présentes, avec son Récidive. 1938, qui interroge plus subtilement la permanence des périls qui ont existé dans les années 1930 ; il se plonge dans la presse de 1938, pris « d’un doute sur la réalité du bégaiement de l’histoire ». D’autres titres versent dans le prophétisme, pour ne pas dire le simonisme (monnayer des prophéties) comme l’écrit François Langlet, dans Tout va basculer. La pandémie virale aiguise cette crainte qui prospère depuis le milieu des années 2010. Un diplomate essayiste voit se lever « l’ombre portée des années 1930 » qui « doit inspirer stupeur et humilité » en levant le regard sur l’avenir. Les hommes politiques ne sont pas immunisés contre cette hantise. L’analogie vient à Manuel Valls en 2014. Le ministre de l’Intérieur trouve à notre temps un « point commun avec les années 1930 » : « L’anti-républicanisme et la détestation violente dans les mots comme dans les actes » des valeurs et principes républicains (Le Journal du Dimanche, 2 février 2014). Emmanuel Macron, élu à la présidence de la République sur le refus du clivage bi-partisan, donne en novembre 2018 un entretien à Ouest-France titré : « Le moment que nous vivons ressemble à l’entre-deux-guerres ». Le ressort analogique conduit à comparer les difficultés de notre temps à celles des années 1930. La crise financière de 2008 rappelle celle de 1929, avec son lot de malheurs sociaux. L’affirmation de la Chine rappelle le passage de relais de l’entre-deux-guerre au profit des États-Unis.   Le retour des « égoïsmes nationaux » La pandémie mondiale et les réponses apportées, frontières closes, ruées rivales des États sur les moyens de lutte contre la propagation du virus, rappellent le retour des « égoïsmes nationaux » des années 30, lorsque les gouvernements choisissaient la hausse des tarifs douaniers et les dévaluations compétitives. La floraison de régimes illibéraux et populistes, enfin, fait craindre le retour des régimes totalitaires qui cernaient la France des années 1930. L’anticipation d’une catastrophe possible explique probablement notre fascination pour cette décennie qui se termine par la disparition de la démocratie, abîmée dans la défaite, liquidée le 10 juillet 1940 avec la IIIᵉ République.   Non, nous n’allons pas revivre les années 30, nous les avons déjà vécues En dehors de toute réflexion théorique sur la validité de la comparaison entre périodes, l’historien doit rappeler ce truisme que nous n’allons pas revivre les années 30. C’est bien pire : « nous » les avons vécues, nous sommes façonnés par elle et, par-là, nous les vivons encore. Reste à savoir comment ! Il n’est pas fatal de se laisser happer par cette angoisse mémorielle. Si la hantise de répéter l’expérience passée, et le mécanisme de reproduction compulsif a été identifié dès le début du XXe siècle par Sigmund Freud chez ses patients, il a fallu attendre l’aube du XXIe siècle pour que le philosophe Paul Ricœur suggère d’appliquer aux sociétés ce travail d’interprétation des évènements traumatiques, travail de deuil auquel Freud invitait ses patients pour échapper à la répétition pathologique après une perte qui n’a pas été regardée en face. Les historiens professionnels eux-mêmes, qui ont construit d’artificielles « périodes », ne s’arrachent jamais complètement à l’illusion d’un temps cyclique. Le péril n’est pas « qu’adviennent » à nouveau les années 1930, comme si notre condition historique était passive, mais que nous soyons à ce point traumatisés par le point d’aboutissement de la décennie 1930 que nous ne puissions pas nous réconcilier avec notre passé, pour qu’il ne pèse plus sur notre devenir comme une fatalité.   D’autres années 1930 Peut-on modestement appeler à une meilleure connaissance de ce passé, dans toute l’amplitude de ses potentialités, sans se polariser sur la catastrophe de 1940, pour se réconcilier avec lui – et ne pas subir ses effets ? Lorsqu’en janvier 2021 Marine Le Pen fustige « la politique du chien crevé au fil de l’eau » du gouvernement Castex, la presse y voit la reprise d’une attaque de François Fillon ciblant François Hollande huit ans plus tôt. Elle répète en réalité la pique d’André Tardieu, disciple de Georges Clemenceau, qui visait en 1921 la politique étrangère du président du conseil Aristide Briand formulée en 1921, suspect de détricoter le traité de Versailles. L’insulte revient sous la plume des journalistes d’extrême droite à l’aube des années 1930, lorsque Tardieu, devenu président du conseil à son tour, maintient Briand au Quai d’Orsay et se rallie à sa politique de conciliation avec l’Allemagne de Weimar. L’Action française fustige inlassablement Tardieu qui contribue au démantèlement du traité de Versailles. Au point que l’emploi de l’expression « chien crevé au fil de l’eau » se généralise dans les journaux de toutes tendances. En 1935, L’Humanité l’applique à Pierre Laval (L’Humanité, « Où nous conduit M. Laval ? Scandale diplomatique ! », le 8 novembre 1935, p. 3] dont la politique étrangère indécise hésite entre la volonté de séparer l’Italie de l’Allemagne nazie et l’exigence juridique de condamner le régime fasciste, agresseur de l’Ethiopie. Le 30 juin 1936, devant la Société des Nations à Genève, le négus Haïlé Sélassié plaide la cause de son pays, l’Éthiopie, envahi par l’armée de Mussolini. Cet exemple permet de rappeler les permanences – la réserve rhétorique de Marine Le Pen vient de l’extrême droite des années 1930 – et les discontinuités : Tardieu, inquiet de l’impuissance du parlementarisme, pressé par une partie de son camp de…

Ma Thèse en 180 secondes 2021 – Céline Vogel

Par Sarah Journée

Publié le 18 mars 2021 Ma thèse en 180 secondes 2021 – Céline Vogel Ma thèse en 180 secondes est un concours internationale durant lequel des doctorant·es francophones des quatre coins du monde présentent leur sujet de recherche vulgarisé … en 180 secondes top chrono ! Véritable exercice de vulgarisation, d’éloquence et de mise en scène, ce concours permet de partager au grand public la recherche qui se fait dans les laboratoires.   Céline Vogel est la seule doctorante de l’UHA à s’être présentée à la finale Alsace de 2021. C’est à nouveau une édition spéciale : au vu des mesures sanitaires, les candidat·es ont dû à nouveau présenter leur sujet de thèse face caméra ! Elle a présenté son sujet de thèse intitulé « L’appropriation des outils de contrôle à l’université ». https://www.youtube.com/watch?v=Pf2ePEjToqc&list=PLqKY7fivSf361-HnEifW__bE8V1JDuY6w&index=16 Céline Vogel Doctorante en science de gestion (CREGO) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo Ma Thèse en 180 secondes 2017 – Un aller simple pour la lumière ! Clémentine BIDAUD 7 avril 2017/ Publié le 7 avril 2017 Ma thèse en 180 secondes : Un aller simple pour la lumière ! Clémentine BIDAUD… Vidéo Ma Thèse en 180 secondes 2023 – Justine Leclercq 9 mars 2023/ Publié le 9 mars 2023 Ma thèse en 180 secondes 2023 – Justine Leclercq Ma thèse en 180 secondes est… Vidéo Ma Thèse en 180 secondes 2024 – Eya Ghomri 21 mars 2024/ Publié le 21 mars 2024 Ma thèse en 180 secondes 2024 – Eya Ghomri Ma thèse en 180 secondes est… Vidéo

Le mouvement anti-Amazon de retour avec la crise de la Covid-19

Par Sarah Journée

Publié le 16 novembre 2020 Le mouvement anti-Amazon de retour avec la crise de la Covid-19 Hanene Oueslati, Université de Haute-Alsace (UHA) Depuis l’annonce du deuxième confinement et de la décision de fermeture des commerces jugés non essentiels, nous assistons à une vague de contestations plaçant le géant du e-commerce Amazon dans le viseur des responsables politiques, des enseignes de distribution et des consommateurs. Amazon, en particulier, devient le responsable des maux de cette société fragilisée par la crise sanitaire de la Covid-19. Cela prend plusieurs formes allant de l’appel à boycott d’Amazon par des politiciens, des associations consuméristes et des enseignes de la grande distribution, jusqu’à la création d’un plugin « Amazon Killer » recommandé aux consommateurs afin de chercher un livre sur Amazon et de l’acheter dans une librairie physique, ou de « Amazon Antidote » qui guide le consommateur vers d’autres sites proposant le même produit vendu par Amazon, à des prix plus bas. L’ampleur de la tendance de boycott d’Amazon en France est jugée sans précédent. Cédric O, Secrétaire d’État chargé de la transition numérique, l’assimile à « une psychose française sur Amazon qui n’a pas beaucoup de sens ». Il précise que « Amazon, c’est 20 % du e-commerce en France », représentant le pourcentage le plus faible dans les pays de l’Union européenne. Pour cela, deux questions se posent : pourquoi s’attaque-t-on à Amazon en particulier, malgré le fait qu’il ne soit pas seul sur le marché du e-commerce français ? Et pourquoi ce mouvement anti-Amazon est-il propre à ce deuxième confinement ? Pour répondre à ces questions, une étude qualitative, qui paraîtra en 2021, a été menée auprès de commerçants appartenant aux deux catégories : « commerces essentiels » et « commerces non essentiels » et de consultants en matière de RSE (responsabilité sociale des entreprises). Une étude ethnographique complémentaire a permis d’analyser une centaine de réactions clients à différentes publications écrites ou vidéo en relation avec l’appel au boycott d’Amazon. Cela nous a permis d’identifier les facteurs explicatifs du mouvement de boycott d’Amazon lié au deuxième confinement, ainsi que les limites de ce mouvement.   L’injustice cultivée par Amazon… Selon la théorie de la justice sociale de Rawls (1971), l’homme juste est celui qui soutient les organisations justes. Or, Amazon incarne pour certaines personnes interviewées l’image du capitalisme sauvage caractérisé par un engraissement qui ne profite qu’à un très petit nombre de bénéficiaires. Ainsi, il a été pendant plusieurs années attaqué pour ses valeurs sociales et sociétales. Il a souvent fait l’objet de mouvements de contestation à l’égard de sa politique sociale caractérisée par des conditions de travail jugées inhumaines, par une politique salariale injuste, par la suppression de postes et la robotisation de ses entrepôts, etc. Covid-19 : l’inquiétude des salariés d’Amazon.   De plus, Amazon a été pointé du doigt, à plusieurs reprises, à cause d’une mauvaise protection de ses salariés lors de la première vague de la Covid-19, en refusant de fermer ses entrepôts malgré les nombreux cas atteints signalés. Ses salariés se sont retrouvés dépourvus de moyens de protection, seuls face à la pandémie, contribuant ainsi, injustement, à l’enrichissement du géant du e-commerce. En France, on reproche à Amazon, l’opacité des informations au niveau de son chiffre d’affaires de la publicité en ligne, des places de marché et du cloud. Ces chiffres estimés à plus de 50 % du chiffre d’affaires total réalisé en France, ne sont pas taxés. Ainsi, Amazon ne contribue pas à l’économie française grâce aux avantages fiscaux dont il jouit, contrairement à d’autres géants du Web français tel que C-discount, dont les richesses générées profitent à l’économie française, et de manière indirecte aux Français. Amazon est perçu comme un opportuniste qui a énormément profité de la guerre contre la Covid-19, à travers la montée fulgurante de son chiffre d’affaires et de ses cours d’action en bourse. Les quelques initiatives du géant du e-commerce de mettre en avant les produits fabriqués en France et de soutenir les entreprises françaises sur son site Web, sont assimilées à de « la poudre de perlimpinpin ». Amazon est considéré, par certains, comme l’un des « riches de la guerre » avec tout ce que cela porte comme symboles négatifs d’opportunisme, d’égoïsme, d’individualisme et d’injustice. Les attentes de solidarité avec les Français, d’assistance aux petits commerçants et d’aide aux salariés non remplies par Amazon lors de la première vague ont contribué à ternir son image et à faire de lui une cible privilégiée lors de cette deuxième vague de la Covid-19.   L’injustice cultivée par les politiciens et relayée par les médias… L’appel au boycott d’Amazon par madame Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, a fait l’effet de « la seringue hypodermique » sur certains consommateurs qui ont placé le géant du e-commerce dans l’agenda de leurs sujets de discussion. Ce discours a d’autant plus été considéré comme faisant appel au sentiment de culpabilité du consommateur et à son sens de la justice, tel qu’évoqué par le philosophe américain John Rawls (1971). Cela a été accentué par les communiqués des différentes fédérations du commerce, les publicités « solidaires » diffusées par certaines enseignes de distribution, ainsi que les discours politiques contradictoires au sujet d’Amazon. Or, au lieu d’aider à rétablir la justice sociale chez les Français, la médiatisation des différents discours politiques a davantage creusé le sentiment d’injustice sociale chez eux ; elle leur a donné l’impression qu’Amazon est plus fort que l’État français. Certains commerçants se lamentent en rappelant que : « lutter contre Amazon quand on fait partie du gouvernement doit se traduire par des lois et non pas par l’appel au boycott… ». Par ailleurs, lors du deuxième confinement, l’interdiction d’ouvrir les commerces jugés non essentiels, y compris les rayons concernés chez les supermarchés et les hypermarchés français, à l’exception des e-commerçants dont Amazon, a davantage éveillé le sentiment d’injustice sociale chez les consommateurs et les commerçants français. Cela a pris la forme de deux grandes polémiques. La première polémique concerne la catégorisation de ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas. La hiérarchie des biens retenue par le gouvernement ne reflète pas de manière juste et équitable celle des commerçants français qui trouvent que les…

Coronavirus – Comment Mulhouse fait avancer les masques textiles

Par Sarah Journée

Publié le 1 octobre 2020 Coronavirus – Comment Mulhouse fait avancer les masques textiles   En plein pic de la crise de Covid-19, la France s’est heurtée à un soucis majeur : la disponibilité des masques chirurgicaux, protections essentielles contre la propagation du virus. Ces derniers étant en grande majorité réservés aux professionnels du secteur médical, il a fallu parer au plus pressé pour la population française et de nombreux masques faits maison en tissu ont vu le jour. Cependant le développement de masques en tissus présente une problématique majeure : leur performance n’est pas mesurée et à priori pas comparable aux masques chirurgicaux. Deux laboratoires de l’Université de Haute Alsace se sont donc alliés pour mettre au point des masques textiles et des tests pour que leurs performances soient évaluées : le Laboratoire de Physique et Mécanique Textile (LPMT) et le Laboratoire Gestion Risques et Environnement (LGRE). Rencontrez dans cette vidéo Marie-Ange Bueno et Valérie Tschamber, les deux chercheuses porteuses du projet « Motus ».   Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : L’Alsace Marie-Ange Bueno Professeur en science du textile (ENSISA & LPMT) Valérie Tschamber Professeure en gestion des risques et environnement (FST & LGRE) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo Du pantalon bouffant à la doudoune pour tous : le style aux sports d’hiver 19 février 2019/ Publié le 19 février 2019 Du pantalon bouffant à la doudoune pour tous : le style aux sports d’hiver Présentation… Podcast Portraits de femmes de sciences : Corinne Jung, chercheuse au LPMT 13 mars 2024/ Publié le 13 mars 2024 Portraits de femmes de sciences : Corinne Jung, chercheuse au LPMT Rencontrez dans cette vidéo… Vidéo Éditer le génome pour soigner : où en sont les thérapies issues de CRISPR et ses dérivés ? 7 janvier 2026/ Publié le 7 janvier 2026 Éditer le génome pour soigner : où en sont les thérapies issues de CRISPR et… Article

Rosalind Franklin, à 2 brins du Nobel

Par Sarah Journée

Publié le 1 avril 2020 Rosalind Franklin, à 2 brins du Nobel Rosalind Franklin et la photo 51, sur la façade du Franklin-Wilkins Building au King’s College (Londres) – Robin Stott (cc-by-sa/2.0)   Qui était Rosalind Franklin ? Quel apport a-t-elle fait à la biologie et la physique ? Découvrez tout ceci dans le podcast France Culture “La Méthode scientifique”.   Les invité·es : Carole Ecoffet est chargée de recherche à l’Institut de Science des Matériaux de Mulhouse (IS2M). Michel Morange est professeur émérite de biologie à l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et techniques (IHPST).   Écoutez le podcast : Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : France Culture Carole Ecoffet Chargée de recherche en sciences des matériaux (IS2M) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo Et le prix Nobel ne fut pas attribué à Rosalind Franklin 3 octobre 2016/ Publié le 3 octobre 2016 Et le prix Nobel ne fut pas attribué à Rosalind Franklin Rosalind Frankin ©Getty –… Podcast Vers un microscope optique universel « tout-en-un » ? 5 avril 2023/ Publié le 5 avril 2023 Vers un microscope optique universel « tout-en-un » ? Olivier Haeberlé, Université de Haute-Alsace (UHA); Matthieu Debailleul, Université… Article Retour sur la journée “Filles, Maths et informatique” 2 octobre 2023/ Publié le 2 octobre 2023 Retour sur la journée “Filles, Maths et informatique” La journée “Filles, maths et informatique” est… Vidéo

Thèse CIFRE – Conventions Industrielles de Formation par la Recherche

Par Sarah Journée

Publié le 18 mars 2019 Thèse CIFRE – Conventions Industrielles de Formation par la Recherche Vous avez certainement déjà entendu le mot « thèse », mais avez-vous déjà entendu parler des thèses CIFRE – pour Conventions Industrielles de Formation par la Recherche ? Découvrez dans cette vidéo une de ces thèses particulières qui permettent à la recherche publique de collaborer avec le privé. https://youtu.be/_yqkUcRhnR0?si=sIK4ifqxCe0mgrGS Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo Témoignage Dante Ortiz Figueroa – Doctorant IS2M 16 décembre 2015/ Publié le 16 décembre 2015 Témoignage Dante Ortiz Figueroa – Doctorant IS2M Vous avez certainement déjà entendu les mots “thèse”… Vidéo Mulhouse : cinq doctorants fourniront de l’énergie sur la lune 10 mars 2021/ Publié le 10 mars 2021 Mulhouse : cinq doctorants fourniront de l’énergie sur la lune   Tomasz Wronski, Adeline Andrieu,… Vidéo Remise des diplômes de Doctorat 2023 : “C’est quoi ta thèse ?” 5 juillet 2024/ Publié le 5 juillet 2024 Remise des diplômes de Doctorat 2023 : “C’est quoi ta thèse?” Les recherches effectuées à… Vidéo

Et le prix Nobel ne fut pas attribué à Rosalind Franklin

Par Sarah Journée

Publié le 3 octobre 2016 Et le prix Nobel ne fut pas attribué à Rosalind Franklin Rosalind Frankin ©Getty – Universal History Archive   Vous avez certainement déjà entendu parler de l’ADN, mais avez-vous déjà entendu le nom de Rosalind Franklin ? Il est probable que non, alors que cette chercheuse est à l’origine de la découverte de la structure de l’ADN pour laquelle un prix Nobel a été attribué … à deux hommes ! France Culture vous invite à découvrir cette femme scientifique que l’histoire a bien trop vite oubliée au profit d’homme, un classique dans la science des années 1950, dans son podcast “LSD, La série documentaire”.   Les invité·es : Carole Ecoffet est chargée de recherche en sciences des matériaux à l’UHA à l’Institut de Science des Matériaux de Mulhouse (IS2M). Michèle Idels est codirectrice des éditions Des Felles-Antoinette Fouque. Michel Morange est professeur émérite de biologie à l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques (IHPST).   Écoutez le podcast : Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : France Culture Carole Ecoffet Chargée de recherche en sciences des matériaux (IS2M) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo Rosalind Franklin, à 2 brins du Nobel 1 avril 2020/ Publié le 1 avril 2020 Rosalind Franklin, à 2 brins du Nobel Rosalind Franklin et la photo 51, sur la… Podcast Vers un microscope optique universel « tout-en-un » ? 5 avril 2023/ Publié le 5 avril 2023 Vers un microscope optique universel « tout-en-un » ? Olivier Haeberlé, Université de Haute-Alsace (UHA); Matthieu Debailleul, Université… Article Retour sur la journée “Filles, Maths et informatique” 2 octobre 2023/ Publié le 2 octobre 2023 Retour sur la journée “Filles, Maths et informatique” La journée “Filles, maths et informatique” est… Vidéo

Pour un enseignement de qualité des langues à l’université (3)

Par Sarah Journée

Publié le 17 février 2016 Pour un enseignement de qualité des langues à l’université (3) Marielle Silhouette, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières; Alain Bideau, Université de Tours; Anne Lagny, ENS de Lyon; Séverine Adam, Sorbonne Université; Sonia Goldblum, Université de Haute-Alsace (UHA) et Thierry Grass, Université de Strasbourg The Conversation France a décidé de publier une série de trois articles sur le thème de l’enseignement des langues face aux réformes en cours, dans le cadre d’un dossier coordonné par Marielle Silhouette, professeure à Paris X et présidente de l’Association des germanistes de l’enseignement supérieur. L’enseignement des langues vivantes à l’université se répartit entre langue pour spécialistes et langue dite pour non-spécialistes ou pour spécialistes d’autres disciplines (LANSAD). Dans la langue pour spécialistes, on regroupe les départements de Langues, Littératures et Civilisations Étrangères et Régionales (LLCER) où tout l’enseignement porte sur l’apprentissage d’une langue et de sa culture, et les départements de LEA (Langues Étrangères Appliquées) où dès la première année, le cursus intègre à part égale deux langues vivantes étrangères, la civilisation des pays concernés et une compétence pratique en droit, économie et gestion. Depuis une trentaine d’années, on a vu aussi se développer les bi-cursus par lesquels la spécialisation dans une discipline (histoire, lettres, droit, etc.) intègre la connaissance théorique et pratique de cette dernière dans une langue et culture autre. Poursuite de l’apprentissage Quand ils ne sont pas directement spécialistes, les étudiants ont, dans leur cursus, un cours de langues vivantes, souvent obligatoire, mais parfois aussi optionnel, composé en moyenne de deux heures hebdomadaires, qui constitue souvent la poursuite de l’apprentissage réalisé dans le secondaire. La seule différence avec le collège et le lycée, mais elle est de poids, est que l’apprentissage d’une seconde, voire d’une troisième langue vivante (en primo-débutant ou grand débutant par exemple) dépend à l’université de la seule volonté de l’étudiant(e) qui peut alors le faire valoir dans son cursus au titre des options. Ces cours de langue pour non-spécialistes sont assurés soit dans les départements de LLCER, soit par des titulaires ou chargés de cours directement rattachés au département de la discipline, soit dans des centres de langue. En fonction de leur histoire spécifique, de la présence ou non dans leurs murs de filières spécialisées de LLCER, ou d’un choix politique réalisé en faveur d’un enseignement distinct des langues vivantes pour spécialistes et non-spécialistes, certaines universités françaises ont en effet créé des centres spécifiques dévolus au seul enseignement de ces langues pour non-spécialistes, l’attribution des moyens – en postes d’enseignants, en structures adaptées à l’enseignement d’une langue vivante (comme des laboratoires de langue, par exemple) – se trouvant très souvent reversée à ces centres au détriment des départements LLCER. Signe des temps et de la précarisation des personnels à l’université, ces centres recrutent aussi parfois « au fil de l’eau » des enseignants de niveau licence ou master pour assurer ces cours de langues au détriment, par exemple, des enseignants du secondaire titulaires d’un concours et détachés dans le supérieur, PRAG (professeurs agrégés) et PRCE (professeurs certifiés). Il n’est pas sans importance de noter que l’anglais étant devenu ces dernières années la lingua franca de notre temps, l’enseignement non spécialiste dans cette langue doit accueillir des effectifs pléthoriques qui, eux-mêmes, devraient appeler un recrutement massif d’enseignants à même de les encadrer. Mais certaines universités, à l’inverse, ont opté partiellement pour des solutions en auto-apprentissage à partir de plate-formes ou de logiciels spécialisés dont la qualité est souvent discutable. Désaffection des langues rares Inversement, les autres langues, pour certaines désormais qualifiées de « rares », se trouvent désaffectées, les moindres effectifs entraînant, on le sait, par la toute-puissance du calcul comptable, une moindre dotation en postes et en moyens qui, à son tour, peut mettre en péril l’existence même de la formation. Si le récent rapport STRANES (Propositions pour une stratégie nationale de l’enseignement supérieur, septembre 2015) insiste dans son axe 2 sur la nécessité de « développer l’internationalisation de notre enseignement supérieur », d’« élever le niveau des étudiants en langue étrangère et [de] favoriser le développement inter-culturel » (proposition 9 de cet axe 2), il n’en reste pas moins que cet appel de principe, auquel chacun(e) souscrira, se heurte à des difficultés majeures et croissantes : la récente réforme du collège a pour conséquence une réduction du nombre des heures dévolues à l’apprentissage de la langue vivante 1 et 2, un fait dont l’enseignement supérieur, si l’on suit les termes de ce rapport, devrait s’employer à contrecarrer les effets alors qu’il se trouve lui-même confronté à une baisse constante de ses moyens budgétaires. Les départements de langues vivantes étrangères souffrent sur ce point, comme les lettres et sciences humaines en général, d’un manque d’encadrement en enseignants titulaires : les postes ouverts au concours de maîtres de conférences et de professeurs des universités se font chaque année plus rares, des centaines de docteurs formés à un très haut niveau de compétence sont dans l’incapacité d’accéder à un poste fixe dans le supérieur et rejoignent ainsi le nombre toujours plus important de chargé(e) s de cours auxquel(le) s nos universités font désormais appel. Connaissance culturelle Plus généralement, ces départements se trouvent largement remis en question par le statut même que l’enseignement de la langue vivante a acquis au fil des politiques des dernières décennies : il est en effet de plus en plus difficile de faire accepter l’idée que la maîtrise linguistique n’est pleinement opérante que si elle s’accompagne d’une connaissance culturelle approfondie permettant l’accès aux codes du pays, la compréhension et l’intégration de la différence. La formation de spécialistes en langues, littératures et civilisations étrangères semble secondaire au regard de la production de locuteurs, certes à même de manipuler de manière plus ou moins correcte des structures linguistiques, mais incapables de les penser, autrement dit de les identifier et de réfléchir à leur fonctionnement particulier dans le système de la langue étudiée, ni de les restituer dans une histoire et une culture spécifiques. Le niveau seuil requis, B1-B2 du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL), correspond à la seule capacité de comprendre une…