Étiquette : Politique

L’État doit-il mentir pour agir ?

Publié le 25 mai 2023 L’État doit-il mentir pour agir ? Renaud Meltz, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Mentir pour protéger, mentir pour servir, mentir par omission, mentir pour « le bien commun », mentir comme moyen de gouverner : les historiens Renaud Meltz et Yvonnick Denoël publient le premier inventaire du « mensonge d’État » sous la Ve République. Convoquant les travaux d’une vingtaine d’universitaires et journalistes, ils rassemblent plusieurs grandes thématiques soulignant les arrangements avec la vérité et la transparence par différents acteurs de l’État sous la Ve République : la vie privée des présidents, l’armée, le nucléaire, le terrorisme et l’islamisme, les lâchetés administratives, la santé publique, les affaires policières et judiciaires, la finance. Le livre distingue plus spécifiquement quatre cas de figure où le mensonge se conçoit respectivement en ennemi de la sincérité (il travestit des faits), de la publicité (il cache des informations), de la connaissance (il organise l’ignorance ou empêche la science de progresser) et de la conscience collective (il organise l’oubli et fictionnalise le passé national). Extraits choisis de l’introduction. « J’assume parfaitement de mentir pour protéger mon président. » Sibeth Ndiaye a le mérite de la franchise lorsqu’elle proclame qu’elle dénoue délibérément le pacte qui régit les rapports entre les gouvernants et les citoyens dans une démocratie libérale. Ce contrat repose sur la publicité des décisions et la sincérité de ses acteurs. Il est vrai que la condamnation du mensonge demeure implicite dans la Constitution de la Ve République. Elle proclame dès son article 3 que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants » ; les délibérations du Parlement qui « contrôle l’action du gouvernement » sont publiques et publiées au Journal officiel. La notion de publicité est partout, dans la Constitution ; celle de sincérité, nulle part, ou presque. À quoi bon délibérer et décider en pleine lumière si la sincérité n’est pas requise ? Seule exception : les comptes des administrations publiques qui doivent être « réguliers et sincères ». Comme si le mensonge, la dissimulation, le travestissement ne pouvaient se loger que dans les réalités chiffrées, qui seraient le seul horizon de la vérité. Comme si la sincérité était un devoir du citoyen, dans sa déclaration fiscale ou son témoignage, mais pas du gouvernement. Le mensonge sous serment constitue une infraction pénale. Le citoyen qui dépose devant les commissions parlementaires jure en levant la main droite de dire « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ». Un magistrat doit répondre de parjure. Mais un président, un ministre peut mentir dans l’exercice de ses fonctions sans risquer d’autre peine que celles délivrées par le tribunal médiatique. Or l’opinion est parfois tolérante au mensonge.   La raison d’État justifie-t-elle les écarts avec la vérité ? « Les Guignols de l’info », en représentant Jacques Chirac en « super-menteur » pendant la campagne de 2002, ne l’ont pas empêché d’être élu président de la République… Est-ce à dire que la notion de mensonge d’État se réduit à celle du secret, longtemps justifiée par la raison d’État ? Si le mensonge politique n’est pas l’envers parfait de la vérité (l’erreur, par exemple, ne relève pas de ce livre), les notions de sincérité, d’authenticité, d’exactitude, ne concernent pas seulement la morale privée ou la science, mais aussi la vie politique. Super menteur, les Guignols de l’info, 2002.   Suite à une décision du Conseil constitutionnel de 2005, entérinée six mois plus tard par le règlement de l’Assemblée nationale, le débat parlementaire obéit désormais au principe « de clarté et de sincérité ». Ces notions apparaissent moins souvent dans la France laïque que dans des nations plus imprégnées de religion, comme aux États-Unis, où l’injonction morale est ancrée dans la culture politique. Le mensonge sous serment de Bill Clinton sur une liaison extraconjugale a conduit le président à la lisière de l’impeachment. La question des fake news suscite une floraison de publications sur les conditions de leur régulation dans le régime médiatique actuel. La propagande en période de guerre, qui fait déroger les démocraties libérales à leur règle ordinaire, a intéressé les historiens. Mais un angle mort demeure : la vulnérabilité de notre vie sociale et politique à une large gamme de mensonges d’État qui profite du caractère trop implicite du pacte de publicité sincère au fondement de nos institutions. Faute de penser la vérité en matière politique, on s’est habitué au poison. Aucun ouvrage d’histoire ou de sciences politiques n’a récemment affronté la question du mensonge d’État afin de penser sa nature et de documenter ses effets. Ce livre veut réparer cette lacune pour la période la plus contemporaine : celle de notre Ve République.   Que peut-on et que doit-on savoir en démocratie ? Philosophes et politistes s’émeuvent non sans raison du relativisme du temps présent, qui voit fleurir l’expression « post-vérité ». La frontière entre « opinion » et « vérité de fait », pour reprendre l’expression de Hannah Arendt, distinction reprise à son compte par Myriam Revault d’Allonnes, pose question : qu’est-ce que la vérité, que peut-on savoir en dehors des sciences de la nature, en matière sociale et politique ? Quelles sont les conditions pour permettre d’approcher et de partager ce type de vérité ? Nous proposons de distinguer ce qui relève de la véracité en matière sociale de la vérité mathématique, et l’exigence de publicité de la soif de transparence. Il ne s’agit pas de fonder naïvement une science exacte de la politique comme en rêvaient les socialistes utopiques ou Auguste Comte mais de s’accorder sur un horizon de vérité dans le monde social, en admettant ses limites langagières. Ce livre n’a pas la naïveté de traquer des mensonges comme autant de fautes morales, équivalentes à des erreurs algébriques – nous ne croyons pas davantage, du reste, que les sciences exactes produisent une vérité « pure », le scientisme s’avérant comme une tentation perpétuelle du savoir scientifique d’affirmer un monopole sur la vérité. De fait, les sciences de la nature ne sont pas les mathématiques. Le philosophe et historien des sciences Thomas Kuhn a montré que les sciences n’échappent pas à l’histoire.   Une forme de relativité de la vérité Nous admettons une forme de relativité de la vérité pour…

Russie : des institutions à la société civile, les oppositions au Kremlin

Publié le 6 octobre 2022 Russie : des institutions à la société civile, les oppositions au Kremlin Arrestation d’une manifestante le 24 septembre à Moscou. ©AFP   L’opposition au régime de Poutine peine à se reconstituer malgré l’appel d’ancien associés d’Alexeï Navalny. France Culture vous propose dans son podcast “Les Enjeux internationaux” de démêler le paysage des oppositions au Kremlin.   L’invitée : Clémentine Fauconnier est maîtresse de conférence en science politique à l’UHA et chercheuse au laboratoire Sociétés, Acteurs et Gouvernements en Europe (SAGE).    Écoutez le podcast : Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : France Culture Clémentine Fauconnier Maîtresse de conférence en sciences politiques (FSESJ & SAGE) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo Table ronde d’actualité internationale: Union européenne : l’impossible relance ? 23 septembre 2016/ Publié le 23 septembre 2016 Table ronde d’actualité internationale : Union européenne : l’impossible relance ? Le président français François… Podcast La guerre de l’histoire : Poutine et l’héritage stalinien 22 mars 2022/ Publié le 22 mars 2022 La guerre de l’histoire : Poutine et l’héritage stalinien. Les propos de Vladimir et sa… Podcast 2024, l’année de toutes les élections 30 décembre 2023/ Publié le 30 décembre 2023 2024, l’année de toutes les élections Un électeur dépose son bulletin de vote à Sydney… Podcast

Les termes du débat : Référendum

Publié le 30 septembre 2022 Les termes du débat : Référendum Une femme participe à un référendum dans un bureau de vote mobile à Mariupol, territoire ukrainien occupé, le 25 septembre 2022. ©AFP   La Russie a organisé des référendums dans les territoires ukrainiens nouvellement sous leur contrôle. Mais qu’en est-il du côté de la loi, ces référendum sont-ils légaux et réellement démocratiques alors que le pays est occupé et en guerre ? France Culture vous propose dans son podcast “Le Temps du débat” de revenir ensemble sur ces référendums et leur portée politique avec deux chercheuses spécialistes des formes contemporaines de l’autoritarisme.   Les invitées : Clémentine Fauconnier est maîtresse de conférence en science politique à l’UHA et chercheuse au laboratoire Sociétés, Acteurs et Gouvernements en Europe (SAGE).  Laurence Morel est professeure de science politique à l’Université de Lille et chercheuse au CERAPS et associée au CEVIPOF (Sciences Po).   Écoutez le podcast : Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : France Culture Clémentine Fauconnier Maîtresse de conférence en sciences politiques (FSESJ & SAGE) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo La guerre de l’histoire : Poutine et l’héritage stalinien 22 mars 2022/ Publié le 22 mars 2022 La guerre de l’histoire : Poutine et l’héritage stalinien. Les propos de Vladimir et sa… Podcast Russie : des institutions à la société civile, les oppositions au Kremlin 6 octobre 2022/ Publié le 6 octobre 2022 Russie : des institutions à la société civile, les oppositions au Kremlin Arrestation d’une manifestante le… Podcast Procès, condamnations, verrouillage de l’information : que reste-t-il de l’opposition en Russie ? 20 juillet 2024/ Publié le 20 juillet 2024 Procès, condamnations, verrouillage de l’information : que reste-t-il de l’opposition en Russie ? Le 17 janvier à… Podcast

Ukraine : le retour du péril nucléaire ?

Publié le 9 août 2022 Ukraine : le retour du péril nucléaire ? La centrale de Zaporijia est aux mains des Russes depuis le 4 mars 2022. ©Getty – Dmytro Smolyenko/Future Publishing   La question de la sûreté nucléaire revient sur le devant de la scène internationale avec l’attaque de la centrale ukrainienne de Zaporijia, actuellement sous contrôle russe. France Culture vous propose dans son podcast “L’Invité(e) des Matins d’été” de revenir ensemble sur les risques encourus lorsque le nucléaire est instrumentalisé dans une guerre telle que la guerre entre la Russie et l’Ukraine.   Les invitées : Teva Meyer est maître de conférence en géographie à l’UHA et spécialiste de géopolitique du nucléaire.  Jean-Paul Paloméros est général.   Écoutez le podcast : Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : France Culture Teva Meyer Maître de conférence en géopolitique et géographie (FSESJ & CRESAT) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo Guerre en Ukraine : les sciences sociales mobilisées 26 mars 2022/ Publié le 26 mars 2022 Guerre en Ukraine : les sciences sociales mobilisées Un bâtiment de sciences sociales de l’université… Podcast Offensive ukrainienne : les Russes plongés dans la guerre 20 août 2024/ Publié le 20 août 2024 Offensive ukrainienne : les Russes plongés dans la guerre Des volontaires locaux passent devant un… Podcast Relance du nucléaire : la nouvelle ruée vers l’uranium naturel 20 février 2025/ Publié le 20 février 2025 Relance du nucléaire : la nouvelle ruée vers l’uranium naturel Teva Meyer, Université de Haute-Alsace (UHA) Selon… Article

Guerre en Ukraine : les sciences sociales mobilisées

Publié le 26 mars 2022 Guerre en Ukraine : les sciences sociales mobilisées Un bâtiment de sciences sociales de l’université de Kharkiv bombardé le 2 mars 2022 ©AFP – Sergey Bobok   Un mois après l’offensive de la Russie sur l’Ukraine trois chercheuses en sciences sociales s’interrogent sur le rôle qu’elles peuvent mener dans le cadre de cette guerre. France Culture vous propose dans son podcast “La suite dans les idées” une discussion entre trois chercheuses qui tentent de mettre à profit leurs recherches antérieure pour éclairer l’actualité de cette guerre.   Les invitées : Clémentine Fauconnier est maîtresse de conférence en science politique à l’UHA et chercheuse au laboratoire Sociétés, Acteurs et Gouvernements en Europe (SAGE).  Anna Colin Lebedev est maîtresse de conférence en science politique à l’Université Paris-Nanterre. Ioulia Shukan est maîtresse de conférence en science politique à l’Université Paris-Nanterre.   Écoutez le podcast : Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : France Culture Clémentine Fauconnier Maîtresse de conférence en sciences politiques (FSESJ & SAGE) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo Russie, ça tousse au Kremlin 19 mai 2020/ Publié le 19 mai 2020 Russie, ça tousse au Kremlin Une patrouille de trois policiers sur la Place Rouge désertée… Podcast Industrie nucléaire : le grand jeu géopolitique 1 mars 2022/ Publié le 1 mars 2022 Industrie nucléaire : le grand jeu géopolitique Teva Meyer, Université de Haute-Alsace (UHA) L’invasion de l’Ukraine par la Russie… Article Offensive ukrainienne : les Russes plongés dans la guerre 20 août 2024/ Publié le 20 août 2024 Offensive ukrainienne : les Russes plongés dans la guerre Des volontaires locaux passent devant un… Podcast

La guerre de l’histoire : Poutine et l’héritage stalinien

Publié le 22 mars 2022 La guerre de l’histoire : Poutine et l’héritage stalinien. Les propos de Vladimir et sa nostalgie de la « Grande Russie » (discours du 16 mars) questionnent ses similitudes avec l’ex-dirigeant de l’URSS Joseph Staline ©Getty – Mikhail Svetlov   Le discours et les actes de Vladimir Poutine sont fortement teintés d’un héritage stalinien. France Culture vous propose dans son podcast “L’invité(e) des Matins” d’analyser ensemble l’importance de l’héritage laissé par Staline dans la politique du leader russe.   Les invitées : Clémentine Fauconnier est maîtresse de conférence en science politique à l’UHA et chercheuse au laboratoire Sociétés, Acteurs et Gouvernements en Europe (SAGE).  Ben Judah est analyste spécialiste de l’Europe à l’Atlantic Council, un centre de réflexion américain.   Écoutez le podcast : Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : France Culture Clémentine Fauconnier Maîtresse de conférence en sciences politiques (FSESJ & SAGE) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo Les termes du débat : Référendum 30 septembre 2022/ Publié le 30 septembre 2022 Les termes du débat : Référendum Une femme participe à un référendum dans un bureau… Podcast Russie : des institutions à la société civile, les oppositions au Kremlin 6 octobre 2022/ Publié le 6 octobre 2022 Russie : des institutions à la société civile, les oppositions au Kremlin Arrestation d’une manifestante le… Podcast Boris Nadejdine, candidat révélateur d’une dissidence anti-guerre en Russie ? 29 janvier 2024/ Publié le 29 janvier 2024 Boris Nadejdine, candidat révélateur d’une dissidence anti-guerre en Russie ? Des personnes manifestants contre la condamnation… Podcast

Industrie nucléaire : le grand jeu géopolitique

Publié le 1 mars 2022 Industrie nucléaire : le grand jeu géopolitique Teva Meyer, Université de Haute-Alsace (UHA) L’invasion de l’Ukraine par la Russie et la prise rapide de Tchernobyl ont mis un coup de projecteur sur le secteur nucléaire ukrainien. Stratégiques pour Kiev, les 15 réacteurs en fonction fournissent encore la moitié de la production électrique ukrainienne. Tandis que le pays exploite ses ressources en uranium, il n’a pas les capacités industrielles pour les transformer en combustibles nécessaires pour alimenter ses centrales de technologie soviétique. Suite à la révolution de 2014, le gouvernement ukrainien a cherché à rompre sa dépendance à l’importation de combustible de Russie. Cette stratégie est partiellement couronnée de succès : en 2021, 6 des 15 réacteurs étaient fournis par des combustibles produits par l’Américain Westinghouse dans son usine suédoise de Västerås. Avant l’Ukraine, suite aux manifestations de janvier 2022 au Kazakhstan, la presse s’était fait l’écho de craintes concernant la sécurité d’approvisionnement en combustible de l’industrie nucléaire ; le Kazakhstan concentre 41 % de la production mondiale d’uranium. À l’inverse du pétrole ou du gaz, et en dehors des questions de prolifération, le nucléaire est fréquemment présenté comme épargné par les risques géopolitiques. La faible part de l’uranium dans le coût de l’électricité, de l’ordre de 5 % à 7 %, limiterait sa sensibilité aux aléas politiques. La répartition des réserves, identifiées dans 52 pays, préserverait de tout risque de dépendance. De plus, la densité énergétique de l’uranium permettrait de constituer des stocks de combustibles. Vidéo expliquant le cycle du combustible nucléaire. (IAEA/Youtube, 2022).   Le rôle clé de la Russie et de la Chine Les reconfigurations de la filière révèlent les limites de cette analyse, comme le souligne le rapport « Les stratégies nucléaires civiles de la Chine, des États-Unis et de la Russie » de l’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques paru en septembre 2020. La croissance des publications par les think tanks français (IRIS, IFRI, FRS) et anglophones (CSIS, IISS, Carnegie) témoigne également de cette prise de conscience. Et tous s’attardent sur le rôle structurant de la Chine et de la Russie. L’industrie nucléaire russe a été réorganisée en 2007 par Vladimir Poutine dans une unique société, Rosatom. L’objectif était double : atteindre 45 % d’électricité nucléaire dans le mix national en 2050, mais surtout, créer un géant tourné vers l’export. Côté chinois, la filière s’est structurée autour de trois groupes – la China National Nuclear Corporation, la China General Nuclear Power Corporation et la State Power Investment Corporation. Cette organisation a nourri des rivalités à l’international, en dépit des tentatives d’apaisement du gouvernement : fondation d’une coentreprise pour déployer un réacteur commun, division du monde en zone d’intervention. Russes et Chinois ont rempli le vide laissé par le retrait des anciennes puissances industrielles, États-Unis en tête. Dans ce pays, l’effondrement du marché intérieur et le renforcement des réglementations sur la non-prolifération ont marqué le tissu industriel. Deux entreprises, Westinghouse et General Electrics-Hitachi, disposent de réacteurs à la vente.   Le Kazakhstan, cœur de l’industrie uranifère Les réserves mondiales d’uranium restent importantes, estimées à 8 millions de tonnes, soit 135 années de la consommation annuelle (sur la base de 2020). Toutefois, le recul des prix depuis 2011, tombant sous les 90 $/kg avant la crise du Covid, a recentré l’attention sur quelques pays disposant de ces ressources à faible coût. Cette dynamique a fait du Kazakhstan, qui détient 31 % des réserves mondiales exploitables à moins de 80 $, le cœur de l’industrie uranifère. Le secteur états-unien est la première victime de ces prix. Depuis 2014, la production d’uranium y a été divisée par 24, rendant le pays dépendant à 94 % des importations. Poussée par le lobbying des États uranifères républicains (Wyoming, Texas et Nebraska), l’administration Trump a publié en avril 2020 un plan pour contrer l’influence chinoise et russe en quatre points : création de réserves à partir des mines américaines, prolongement des quotas sur l’achat d’uranium russe à 20 % des importations, interdiction d’importation d’uranium transformé de Chine et de Russie, suppression des réglementations limitant l’ouverture de mines. La victoire des Démocrates en 2021 et les divergences sur le nucléaire au sein du parti ont stoppé son application.   L’Afrique au centre des convoitises Les réserves russes sont importantes (8 % des gisements mondiaux), mais seuls 6 % sont exploitables à moins de 80 dollars. De fait, la production (2846 t en 2021) ne permet ni de couvrir les besoins intérieurs (5000 t), ni de répondre aux ambitions d’exportations (20 000 t). La stratégie d’expansion russe repose donc sur le développement d’exploitations à l’étranger, via Uranium One, filiale de Rosatom. Si le Kazakhstan reste l’unique source, Uranium One a fait de l’Afrique, et particulièrement de la Tanzanie, une zone de développement prioritaire. Cette orientation pourrait créer des tensions avec la Chine, dont la consommation d’uranium représente 15 % du total mondial. L’approvisionnement chinois suit la stratégie des « trois tiers » visant à augmenter la production nationale, acquérir des ressources à l’étranger et acheter sur le marché. Mais la faiblesse de ses ressources ne lui permet que de couvrir 20 % des besoins. La filière conduit une stratégie de rachat de mines à l’étranger prioritairement en Afrique. Si la Chine s’est d’abord dirigée vers le Niger, les efforts se sont depuis portés sur la Namibie où l’industrie uranifère est entièrement contrôlée par les industriels chinois depuis 2019.   Comment Rosatom est devenu incontournable Pour rappel, les centrales ne s’alimentent pas d’uranium, mais de combustibles dont la production change selon la technologie des réacteurs. Ceux à eau légère, qui constituent 85 % du parc mondial, nécessitent trois étapes de fabrication : la conversion de l’uranium, l’enrichissement et la fabrication des assemblages. Cinq pays (France, Chine, Canada, Russie et États-Unis) contrôlent la conversion. Le risque de dépendance y est limité par les surcapacités structurelles, seuls 55 % des moyens étant mobilisés. Il en va de même pour l’enrichissement, réalisé dans 13 pays, et dont le taux d’utilisation n’était que de 86 % en 2020. Rosatom est devenu le principal acteur de la production de combustible, dominant la conversion (35 % des parts du marché) ainsi que l’enrichissement (36 %).…

Pandémie, Navalny, crise sociale : Poutine imperturbable

Publié le 23 avril 2021 Pandémie, Navalny, crise sociale : Poutine imperturbable Le président russe Vladimir Poutine prononce son discours annuel sur l’état de la nation à l’Assemblée fédérale, au Manezh Exhibition Hall, à Moscou, le 21 avril 2021. ©AFP – ALEXANDER NEMENOV   Seconde partie – 20mn20 Poutine a prononcé son traditionnel discours annuel ce mercredi 21 avril 2021. L’occasion pour lui de reconnaître les difficultés économiques et sociales face auxquelles nombre de ses concitoyens font face, et de menacer les Occidentaux d’une riposte s’ils franchissaient « une ligne rouge », tout en omettant de parler de son principal opposent incarcéré, Navalny. France Culture vous invite à écouter son podcast “Cultures Mondes” pour y voir plus clair dans le discours du chef d’Etat russe.   Les invité·es : Clémentine Fauconnier est maîtresse de conférence en science politique à l’UHA et chercheuse au laboratoire Sociétés, Acteurs, Gouvernements en Europe (SAGE). Arnaud Dubien est directeur de l’observatoire franco-russe à Moscou et chercheur associé à l’Iris. Gwenaëlle Lenoir est journaliste indépendant pour Mediapart, spécialiste du monde arabe et de l’Afrique de l’est. Marc Semo est journaliste spécialisé sur les questions diplomatiques, éditorialiste à Challenges.   Écoutez le podcast à partir de 20 minutes et 20 secondes : Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : France Culture Clémentine Fauconnier Maîtresse de conférence en sciences politiques (FSESJ & SAGE) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo Russie, ça tousse au Kremlin 19 mai 2020/ Publié le 19 mai 2020 Russie, ça tousse au Kremlin Une patrouille de trois policiers sur la Place Rouge désertée… Podcast Que peut l’opposant Navalny face à Poutine ? 26 janvier 2021/ Publié le 26 janvier 2021 Que peut l’opposant Navalny face à Poutine ? Selon l’ONG OVD Info, 3300 arrestations ont… Podcast Disparition d’Alexeï Navalny : la mort d’un martyr 17 février 2024/ Publié le 17 février 2024 Disparition d’Alexeï Navalny : la mort d’un martyr Navalny, lors d’une manifestation de l’opposition à Moscou,… Podcast

Après l’ENA, comment former les hauts fonctionnaires ?

Publié le 9 avril 2021 Après l’ENA, comment former les hauts-fonctionnaires ? La promotion Victor Schoelcher de 1955 ©AFP – STR / AFP   L’ENA va enfin être réformée, après des années sous le feu des critiques, mais comment seront donc formés les hauts fonctionnaires de demain ? C’est pour répondre à cette question que France Culture vous invite à écouter son podcast “La Question du jour”.   L’invité : Olivier Quéré est maître de conférence en science politique à l’UHA et chercheur au laboratoire Sociétés, Acteurs, Gouvernements en Europe (SAGE).   Écoutez le podcast : Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : France Culture Olivier Quéré Maître de conférence en sciences politiques (FSESJ & SAGE) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo L’État doit-il mentir pour agir ? 25 mai 2023/ Publié le 25 mai 2023 L’État doit-il mentir pour agir ? Renaud Meltz, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Mentir pour… Article Comment sortir l’action publique d’une logique strictement financière ? 5 septembre 2023/ Publié le 5 septembre 2023 Comment sortir l’action publique d’une logique strictement financière ? Marc Bollecker, Université de Haute-Alsace (UHA)… Article Les universités françaises dans la tourmente budgétaire 24 octobre 2023/ Publié le 24 octobre 2023 Les universités françaises dans la tourmente budgétaire Marc Bollecker, Université de Haute-Alsace (UHA) Lors de… Article

Que peut l’opposant Navalny face à Poutine ?

Publié le 26 janvier 2021 Que peut l’opposant Navalny face à Poutine ? Selon l’ONG OVD Info, 3300 arrestations ont eu lieu en Russie samedi 23 janvier lors des manifestations en soutien à l’opposant Alexeï Navalny. ©AFP – KIRILL KUDRTAVTSEV   Samedi dernier plus de 20 000 russes manifestaient en soutien à Alexeï Navalny, principal opposant à Poutine, arrêté par le régime en place. France Culture vous propose dans son podcast “La question du jour” de revenir ensemble sur l’opposant Navalny et ses possibilités face à Vladimir Poutine.   L’invitée : Clémentine Fauconnier est maîtresse de conférence en science politique à l’UHA et chercheuse au laboratoire Sociétés, Acteurs, Gouvernements en Europe (SAGE).   Écoutez le podcast : Pour plus d’information, rendez-vous sur le site : France Culture Clémentine Fauconnier Maîtresse de conférence en sciences politiques (FSESJ & SAGE) Sur le même thème Tous |Article |Non classé |Podcast |Question |Recherche participative |Vidéo De Navalny à Biden : Poutine au défi 15 janvier 2021/ Publié le 15 janvier 2021 De Navalny à Biden : Poutine au défi Le président russe Vladimir Poutine donne sa… Podcast Pandémie, Navalny, crise sociale : Poutine imperturbable 23 avril 2021/ Publié le 23 avril 2021 Pandémie, Navalny, crise sociale : Poutine imperturbable Le président russe Vladimir Poutine prononce son discours… Podcast Disparition d’Alexeï Navalny : la mort d’un martyr 17 février 2024/ Publié le 17 février 2024 Disparition d’Alexeï Navalny : la mort d’un martyr Navalny, lors d’une manifestation de l’opposition à Moscou,… Podcast